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Découvrez le prologue du roman Le Roi des Onéidas – L’homme des deux mondes et entrez dans une histoire inspirée de faits réels, entre la Picardie, la Nouvelle-France et les terres iroquoises.
En septembre 1784, loin des plaines de Picardie, loin même des pierres grises de Québec, un homme se tient debout parmi les Iroquois, sur les frontières de l’État de New York. Autour de lui, les bois commencent déjà à prendre la couleur de l’automne. Les chefs parlent, les interprètes écoutent, les officiers mesurent chaque mot. On n’est plus dans le temps des grandes batailles, mais dans celui, plus incertain encore, des promesses, des terres contestées, des alliances fragiles, des fidélités trahies. Dans ce monde neuf, où les empires se disputent les frontières aussi âprement que les hommes se disputent leur survie, sont réunis des noms que l’Histoire a retenus : La Fayette, Barbé-Marbois, Madison, le chevalier de Caraman. Et pourtant, ce n’est pas seulement vers eux qu’il faut regarder. Car voici qu’au milieu de ces diplomates, de ces militaires, de ces hommes d’État, surgit un autre personnage. Il parle un excellent français. Il connaît les usages des Onéidas. Il est chez eux, et pourtant il n’est pas né parmi eux. Il se nomme Nicolas Jourdain. Quand Barbé-Marbois l’interroge, il découvre non pas un simple interprète, ni un homme quelconque perdu dans les marges de l’Histoire, mais une existence bouleversée, déplacée, refondue. Une vie qui semble sortie d’un roman, et qui pourtant s’appuie sur des traces bien réelles. Une vie qui commence non pas dans les forêts iroquoises, mais de l’autre côté de l’océan, dans un petit village de Picardie : Longpré les Corps Saints.
C’est là que commence vraiment cette histoire. Avant les conférences de paix, avant les traités, avant les ambassadeurs et les chefs, il y a un homme du pays, un fils de terre basse et de brume, un Picard sans éclat particulier, né dans un monde étroit où l’on naît, travaille et meurt souvent sans avoir dépassé l’horizon des marais. Cet homme, c’est Nicolas Jourdain, le père. Il quitte la France vers 1735. Il ne part pas comme un aventurier de théâtre, ni comme un rêveur égaré dans des récits de voyage. Il part comme tant d’autres hommes du XVIIIe siècle ont dû partir : avec peu de certitudes, beaucoup de nécessité, et cette obscure espérance qui pousse un être humain à s’arracher à sa terre pour tenter ailleurs une vie plus vaste. Il s’embarque pour le Canada comme soldat-canonnier. Le mot est rude, le destin aussi. De Longpré à La Rochelle, de la cale d’un navire aux eaux du Saint-Laurent, il traverse d’abord ce que traversent tous les hommes qu’un monde rejette à moitié et qu’un autre appelle sans les connaître : la peur, la fatigue, le manque, l’exil. Mais le Canada ne l’engloutit pas. Il l’éprouve, puis il le transforme. À Québec, Nicolas sert, travaille, s’enracine. Il épouse Marie-Françoise Lallemand. Il bâtit, au fil des années, une existence plus solide que celle qu’il avait laissée derrière lui. Il demeure militaire, mais développe aussi une activité de brasseur, comme si cet homme venu pour servir les canons du roi avait compris qu’il fallait, pour durer, tenir ensemble l’arme et le pain, la discipline et le métier, l’autorité et la patience quotidienne. Il devient peu à peu plus qu’un soldat : un homme installé, un mari, un père, un fondateur. Puis naît un fils. Nicolas Robert Jourdain. Et c’est là que l’histoire change de nature. Car ce qui fut, pour le père, une transplantation, devient pour le fils une métamorphose. Né au bord du Saint-Laurent, élevé dans cette Nouvelle-France encore fragile, Nicolas Robert grandit dans un monde où l’on hérite autant des fidélités que des périls. Il reçoit le nom du père, sa mémoire, sa terre d’origine devenue légende familiale, mais il reçoit aussi un siècle de guerre. Et ce siècle l’attend.
Ce qui advient ensuite dépasse le destin ordinaire. Il y aura la marche vers l’Ouest, les routes d’eau, les postes lointains, la milice, les secours envoyés vers le Niagara, la défaite, la capture. Il y aura cette frontière terrible où un homme peut perdre sa langue, son camp, son passé, et jusqu’à son propre visage. Il y aura la captivité, l’adoption, le mariage imposé puis accepté, l’apprentissage d’un autre monde, d’une autre parenté, d’une autre manière de vivre. Il y aura surtout cette vérité dérangeante et magnifique à la fois : un homme peut être arraché à tout, et pourtant continuer à devenir. C’est ce chemin que ce livre raconte. Non pas seulement la vie d’un père et de son fils, mais le passage d’un nom à travers deux continents intérieurs. Le père part pour bâtir. Le fils est pris pour renaître. L’un s’enracine dans la pierre, le métier et le foyer.
L’autre traverse la guerre, la perte, l’adoption et la frontière des peuples.
Ensemble, ils composent une lignée singulière, ballottée entre Longpré, Québec, le Niagara, les villages Onéidas et les marges mouvantes de l’Amérique du XVIIIe siècle. Ce livre est né d’une conviction simple : certaines histoires ne doivent pas rester au bord des archives. Certaines vies, parce qu’elles furent modestes en apparence et immenses dans leur vérité humaine, méritent d’être rendues au lecteur. Celle-ci en fait partie. Car derrière le nom de Jourdain, il n’y a pas seulement une généalogie. Il y a un père qui quitte son village pour traverser l’océan. Il y a un fils qui traverse le feu de l’Histoire pour devenir un homme entre deux mondes. Il y a la France, le Canada, les nations iroquoises, la guerre, l’exil, la survie, la mémoire. Il y a surtout cette part bouleversante du destin humain qui nous rappelle qu’aucune vie n’est petite lorsqu’elle est regardée de près.
Le lecteur qui entre ici n’ouvrira pas seulement un roman historique. Il suivra une aventure vraie par son souffle, romanesque par sa puissance, et rare par ce qu’elle révèle : comment un homme peut quitter sa terre, comment un autre peut perdre la sienne, et comment, d’une génération à l’autre, un nom peut continuer à marcher à travers l’inconnu.
Ce passage ouvre les premières pages du roman.
La suite est à découvrir dans Le Roi des Onéidas – L’homme des deux mondes.
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